Le Figaro : Mgr Najeeb, archevêque de Mossoul: «Ne laissez pas tomber les Chrétiens d'Orient»

Mis à jour : 16 avr. 2019


- Crédits photo : KENZO TRIBOUILLARD/AFP

Le Figaro Par Emmanuel Galiero Mis à jour le 02/04/2019 à 10h44 | Publié le 01/04/2019 à 19h00

"Ne nous laissez pas tomber. Aidez-nous à rebâtir nos maisons, nos églises, nos institutions et nos lois. En Irak, les valeurs de la France que sont la liberté, l'égalité et la fraternité, nous manquent. Il faut nous aider à les apprendre. "

De notre envoyé spécial à Mossoul (Irak)

Quelle est la portée de l'institut culturel franco-irakien pour votre pays?

C'est un jour particulier pour la France et pour l'Irak, et spécifiquement pour Mossoul. L'université de Mossoul, où est installé l'institut culturel, est un lieu de savoir, de connaissance et d'ouverture. Ouvrir ce lieu aujourd'hui, après le départ de Daech, est une occasion très importante pour la France de marquer sa présence en Irak par un haut lieu culturel dans une ville martyre. Mossoul a beaucoup souffert de l'emprise de Daech, durant quatre ans, mais cette empreinte de la France laissée à travers la culture est une façon de combattre Daech. Il est très important de lutter contre la violence par la connaissance. Depuis deux mois, le discours que j'essaye de tenir comme archevêque de Mossoul, alors que je suis moi-même natif de cette ville, est de bâtir des ponts entre les religions et les gens cultivés pour construire l'avenir.

Pourquoi aviez-vous fui Mossoul avec des livres?

Dix jours avant l'entrée de Daech dans la plaine de Ninive, j'ai eu le sentiment qu'un danger allait nous frapper. Un danger menaçant les hommes et les livres. Mais on ne peut pas sauver un arbre sans sauver ses racines. Et pour moi, les racines sont notre culture: les manuscrits, les archives, les correspondances... Tout cet héritage que nous avons reçu depuis 2000 ans, celui de nos ancêtres dont fait partie la langue araméenne, est aujourd'hui sain et sauf, à Erbil. Ce sauvetage in extremis, ce trésor, est désormais au service du monde entier.

L'espérance est grande aujourd'hui mais quels défis reste-t-il à relever?

Il est difficile de prévoir l'avenir pour l'ensemble de l'Irak. Je crois que cela est entre les mains des grandes puissances. Le jeu est délicat car de grands pays essayent de se tailler une part de gâteau. Mais nous, nous essayons de préserver l'unité du peuple irakien car la diversité est dans la complémentarité. Il faut dépasser le sectarisme qui existe entre les fractions, religieuses ou ethniques. Il faut défendre la citoyenneté. Elle existe en Irak. Je suis très optimiste à condition que nous puissions tous travailler main dans la main. Il faut aussi cesser d'intervenir dans les affaires internes de l'Irak.

Comment voyez-vous l'avenir des Chrétiens d'Orient dans la mosaïque religieuse irakienne?

Il est très important de préserver cette harmonie. Daech n'est pas un extraterrestre. C'est un esprit et une idéologie visant à briser cette harmonie. Personnellement, je vois l'avenir de manière positive si l'on parvient à abattre les remparts dressés entre les êtres humains. En réalité, les difficultés sont encore nombreuses parce que l'esprit de Daech existe encore dans les mentalités. Nombre de Chrétiens essayent de rentrer à Mossoul mais y renoncent parce qu'ils ont peur. Nous n'avons plus une seule église debout. Tout a été anéanti. Comment redémarrer dans ces conditions, quand on sait que son voisin est celui qui nous a dénoncés, pillés et trahis? Il est donc primordial de rebâtir la confiance. Les familles chrétiennes, qui vivent au Kurdistan, attendent la paix à Mossoul pour y revenir. Cela passe par la confiance et la sécurité. Cela impose aussi d'impliquer la loi car aujourd'hui, il n'y a pas d'égalité entre un chrétien, un non chrétien et un musulman. Nous sommes considérés comme des citoyens de seconde zone mais nous avons le droit de vivre ici à l'égal des autres.

Quel est le message des Chrétiens d'Orient?

Ne nous laissez pas tomber. Aidez-nous à rebâtir nos maisons, nos églises, nos institutions et nos lois. En Irak, les valeurs de la France que sont la liberté, l'égalité et la fraternité, nous manquent. Il faut nous aider à les apprendre.


Lien de l'article : http://premium.lefigaro.fr/international/2019/04/01/01003-20190401ARTFIG00094-mgr-najeeb-archeveque-de-mossoul-ne-laissez-pas-tomber-les-chretiens-d-orient.php

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