Les minorités au Moyen-Orient

« Tout peuple et toute nationalité jouissent des mêmes droits à l’intérieur d’un Etat. Les lois d’un Etat ne doivent permettre aucune discrimination à cet égard. Le droit de faire usage de leur propre langue, de posséder leurs écoles, bibliothèques, musées et autres institutions nationales de culture et d’instruction, doit être garanti aux minorités nationales ».

Les minorités au Moyen-Orient

Le sort des minorités qui fuient le Moyen Orient ravagé par la guerre doit nous interpeller. Ces peuples qui résidaient là-bas avant même l'apparition de l'Islam méritent attention, compréhension, dignité et soutien. Tout ce que la barbarie leur ôte aujourd'hui.

Langues, ethnies, cultures, religions : le Moyen-Orient compliqué brasse une extrême diversité. Il forme une mosaïque de populations et de communautés que les soubresauts de l'Histoire ont réunies contre leur gré ou séparées.

La situation qui prévaut actuellement au Moyen-Orient, où la guerre fait rage en de multiples endroits, entraîne nombre de massacres et de déplacements de population, notamment des minorités religieuses. La question de leur avenir ou de leur survie constitue un enjeu primordial à la fois pour la région mais également pour le reste du monde qui n’en est pas toujours conscient, tant il est vrai que ces minorités sont de longue date dépositaires d’une partie de la mémoire de l’Humanité. Outre les Chrétiens d’Orient, les Druzes, ces minorités sont aussi les Yézidis, la minorité juive d’Iran, les Baha’is, les Alaouites, les Ismaéliens, les Turkmènes.

Les groupes religieux qui ne sont pas rattachés aux religions du Livre sont très peu nombreux : zoroastriens et bahaïs en Iran. En Irak, les yézidis sont les adeptes d'une religion syncrétique empruntant des éléments du zoroastrisme, du christianisme et de l'islam.

Les tracés frontaliers, contestés, ont souvent été imposés par des puissances étrangères ou des arbitrages internationaux. Ils ignorent la réalité humaine ethnique ou religieuse. Des communautés peuvent être rassemblées contre leur gré à l'intérieur d'une même frontière ou bien au contraire être séparées entre plusieurs Etats. Les situations sont donc très diverses et la gestion du fait minoritaire peut se révéler redoutable. Les situations rencontrées sont assez diverses. Le fait minoritaire religieux peut s'observer dans des Etats à forte cohérence linguistique.

Tel est le cas de l'Egypte, qui abrite une importante minorité chrétienne copte. La péninsule Arabique arabophone et sunnite compte, elle, par contre des minorités relevant du chiisme sur tout le pourtour du Golfe et de la mer d'Oman (Royaume d'Arabie et Emirats). Le Croissant fertile est en réalité une mosaïque de minorités chrétiennes, chiites, druzes. Le Liban de 5 millions d'habitants reconnaît 17 communautés ! Partout ailleurs, la situation est encore plus complexe avec une diversité à la fois religieuse et linguistique (Irak, Turquie, Iran).

La situation des Chrétiens d’Orient en particulier demeure la plus connue ou en tout cas la moins occultée et, probablement à juste titre, puisque des rapports indépendants ont souligné que les Chrétiens d’Orient constituent l’un des groupes le plus persécutés dans le monde. Mais l’Histoire souvent tragique des minorités dans cette région ne se limite pas à ces derniers. Il en est d’autres comme les Yézidis à propos desquels l’ONU est allée jusqu’à évoquer une logique de génocide de la part de Daech, mais aussi les Bahaïs et les Juifs d’Iran, les Ismaéliens d’Arabie saoudite, voire les Turkmènes du Levant, etc.

C’est à un ensemble de questions qui dépassent très largement le seul sort de ces minorités, considérés par beaucoup comme en péril, que nous tentons de répondre avec le ralliement maritime La Route du Liban

Selon Mgr Casmoussa, archevêque émérite de Mossoul des Chaldéens, ce qui s’est passé à Mossoul « n’est pas un simple épisode qui est fâcheux pour les chrétiens». Il s’agit « de la survie de la petite communauté chrétienne, orthodoxe et catholique, et de toutes les minorités ». Pour l’archevêque émérite, les églises et les institutions religieuses sont prises « en otages ». Les chrétiens ne sont pas la seule minorité prise en otage. Les chiites subissent également les mêmes persécutions, comme d’autres minorités. Les Turkmènes, qui forment le troisième plus important groupe ethnique du pays sont victimes de persécutions depuis de longues années et ils sont également devenus la cible des intégristes.

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Il est clairement établi que des communautés religieuses sont menacées en tant que telles, avec une volonté d’éradiquer des groupes humains. Cette éradication peut s’appeler nettoyage ethnique, ethnocide, ou bien génocide. Pensons içi aux chrétiens orientaux et aux Yézidis, visés nommément par les extrémistes.

Bien entendu, ces catégories ne sont pas hélas exhaustives. Le Moyen Orient ayant été une matrice d’histoire, de peuples et d’idées, avec lesquelles nous nous sommes construits. Notre droit ne serait rien sans le code d’Hammourabi, ni même nos récits bibliques ou coraniques du déluge sans l’épopée d’un petit roi sumérien appelé Gilgamesh.

Dans le contexte actuel des massacres, des déplacements majeurs de population et des persécutions religieuses en Irak et en Syrie, le rappel du droit international peut paraître secondaire. Il existe cependant une justice et des dossiers se constituent déjà, que ce soit par les Nations-Unies à propos du massacre des Yézidis et de l’esclavage de leurs femmes, comme l’idée d’une futur Tribunal pénal international pour juger les crimes de guerre ou bien encore, par exemple, la reconnaissance de la spoliation des biens appartenant à des familles chrétiennes par les autorités légales de Bagdad. Malgré la tristesse et le désespoir, ces faibles signes indiquent que ces populations ne sont pas seules.

Le contexte juridique qui s’applique en droit international pour la protection des minorités est issu de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, adoptée par les Nations-Unies en 1948, sinon – et plus précisément pour les minorités –, il s’agit de l’article 27 du "Pacte international relatif aux droits civils et politiques" adopté en 1961, complété en 1992 par un texte plus précis. Le Pacte fondateur de 1966 fut ratifié par l’Irak dès 1969, puis par la République Arabe de Syrie dès 1969 ; par contre il faut attendre 1980 pour que la France le ratifie et 2003 pour que la Turquie en fasse de même… Ce qui laisse songeur

Car même si ces textes ont été adoptés, la France et la Turquie ont refusé l’application de l’article 27, précisément celui-là même qui définit le principe de protection des minorités. Il semble intéressant de relever ce paradoxe alors que nous jetons de fait l’opprobre sur des régions entières et sur des comportements que nous considérons d’un autre âge. Il convient de le rappeler, au moment où des pays entiers –la Syrie et l’Irak – sont engagés depuis des années dans des tunnels d’ultra violence.

Minorités, que va-t-il rester ?

Nous voilà donc au cœur du sujet, chrétiens d’Orient et Yézidis ensemble. Si je parle conjointement des chrétiens et des Yézidis c’est que les responsables de ces communautés que j’ai rencontrés, au cours de mes reportages, m’ont instamment recommandé de ne pas dissocier leurs sorts. "Nous sommes victimes des mêmes exactions, mais les Yézidis sont les plus pauvres d’entre les pauvres, c’est à notre tour de les défendre", clame le patriarche des Chaldéens, Mgr Sako depuis son siège de Bagdad. Plusieurs fois dans le passé, en 1915 notamment, le djebel Sindjar des Yézidis – Shingal en Kurde – a été un lieu de refuge pour les chrétiens d’Anatolie, du Hakkâri et de Haute-Mésopotamie, Arméniens et Syriaques.

Il existe une profonde solidarité entre ces minorités, auxquelles il faudrait en ajouter d’autres, comme les Shabaks et les Kakaïs, dont les villages ont été aussi dévastés par les forces de l’État Islamique. Voir la video

En visitant les camps de réfugiés où s’entassaient des milliers de familles ayant fuit l’odeur de la mort, on éprouve surtout de l’émotion face à la dignité impeccable de ces gens. Ce sont des hommes et des femmes, comme vous et moi. Il faut parfois sortir des statistiques et des chronologies historiques pour retrouver le sens de l’humain, leur donner des noms et des visages.

N’y allons par quatre chemins : le sort des chrétiens "d’Orient" et des Yézidis nous concerne tous, qui que nous soyons et à quelque religion ou ethnie à laquelle nous appartenons. Il s’agit d’un sujet universel, un sujet qui touche les fondements mêmes de nos sociétés et de nos valeurs de démocratie et de bien commun. Il ne s’agit pas non plus de lancer des imprécations, l’Histoire et les sociétés jugeront les criminels. Ils sont nombreux. Nous assistons à une hémorragie humaine. Ne serait-ce que dans le cas de l’Irak, sur un million de chrétiens recensés avant 2003, il n’en resterait que 300 à 400 000 maintenant, peut-être moins. Les plus fortunés étant partis depuis longtemps. Pour la Syrie, les choses vont tellement vite qu’il n’existe aucun recensement. Le pays se vide. Les zones d’origines des réfugiés ne sont pas publiées. En Irak toujours, on estime que les Yézidis malgré l’absence de chiffres précis ont été touchés directement par les massacres, enlèvements et déplacements, à hauteur de 50 et 60 % de leur population totale, soit 350 000 déplacés en tout. Une proportion qui trouve peu d’équivalent dans l’histoire contemporaine, à part peut-être le Rwanda.

Nous pouvons aussi évoquer les pertes patrimoniales, des manuscrits et bibliothèques brûlées, des églises, des monastères datant du Ve siècle de notre ère, des temples yézidis systématiquement détruits – plus d’une centaine pour le seul Sindjar –, comme les tombeaux de saints soufis, les mosquées chiites, ou même des mosquées sunnites comme celle de Mossoul dynamitée le 27 juillet 2014 parce que construite sur l’emplacement probable de la tombe du prophète Jonas. Un lieu de partage donc où chacun pouvait se retrouver. Ce qui permet d’évoquer la mémoire des communautés juives de Mésopotamie qui ont vécu en ces terres jusqu’en 1948. Ils parlaient la même langue que les chrétiens locaux, les Chaldéens, le soureth, une langue issue de l’araméen des origines.

Ces populations appartiennent à ces régions, il ne s’agit pas d’étrangers comme les ignorants le croient encore. Les chrétiens de Mésopotamie sont des communautés établies entre le Tigre et l’Euphrate depuis la nuit des temps. Ils habitaient les régions de l’ancienne Assyrie, le Hakkâri, l’Anatolie de l’Est, en Iran même, à Bagdad ou encore à Damas. Les inscriptions de Palmyre qui ont été passées au bulldozer sont écrites avec l’alphabet araméen. Quant à eux, les Yézidis sont des Kurdes pratiquant une religion préislamique et préchrétienne, qui plonge ses racines dans les cultes de la Perse ancienne, des cultes liés au feu ; une sorte de monothéisme avant l’heure.

Une question d’honneur

Il y a aussi ceux, parmi les Syriens et Irakiens – de toutes les religions et ils sont nombreux – qui désirent rester vivre chez eux. Rester étant une forme de lutte contre le fanatisme, une lutte contre l’oubli et l’exil. L’enjeu d’avenir réside donc en un point essentiel, les projets de civilisation ne peuvent se construire ou reconstruire qu’avec un nécessaire besoin d’altérité. Il s’agit aussi de penser cette altérité à un niveau supérieur qui est de dire, contrairement aux oiseaux de malheurs, que nous ne sommes qu’un seul monde et que l’Occident a un besoin impératif de l’Orient, comme l’Orient a un besoin impératif de l’Occident. Il s’agit d’une question de dignité et d’honneur.

Les Druzes

📷 📷Létoile Druze

Populations significatives par région

📷 Syrie


environ 570 000 (2006)1

📷 Liban


320 000 à 400 0002,3

📷 Israël


118 0004

📷 Jordanie


20 0005

Hors du Moyen-Orient


165 000

Population totale


Environ 1 million

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Les Yesidis

📷 Yézidi en habit traditionnel

Qui sont les yézidis, cible des djihadistes en Irak ?

Cette communauté monothéiste, qui compte entre 100 000 et 600 000 personnes, est persécutée de longue date.

C'est l'une des cibles des djihadistes de l'Etat islamique (EI) en Irak : la communauté kurdophone des yézidis. Avec la prise de leur bastion, Sinjar, 35 000 yézidis ont dû fuir dans les montagnes, sans eau ni nourriture, sous une chaleur pouvant atteindre les 50 °C.

Les Yézidis), ont conservé une religion syncrétiste, appelée yézidisme, qui intègre des éléments du paganisme chamanique, du mazdéisme, du zoroastrisme, du mithraïsme, du manichéisme, du judaïsme, du nestorianisme et de l'islam., Les membres de cette communauté sont persécutés depuis longtemps.

Si les yézidis sont persécutés depuis la nuit des temps, c'est parce que les autres religions, que ce soit l'islam ou le christianisme, ont une interprétation erronée de leur culte. « En Irak et en Syrie, on les a pris pour des adorateurs du diable parce qu'ils ont fait une espèce de bricolage entre les deux religions du Livre ». L'archange Malek Taous a ainsi faussement été pris pour le diable par les musulmans. Certaines pratiques et restrictions des yézidis peuvent paraître farfelues. Par exemple, les yézidis ne peuvent manger de laitue ou porter des vêtements bleus.

Ces pratiques ont contribué à créer une forme de mépris chez leurs voisins musulmans. « Les yézidis sont des adorateurs du feu, ce qui les fait apparaître comme des païens aux yeux des Syriens, complète Frédéric Pichon. L'islam n'a pas de considération pour cette religion.

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